Histoire et Notoriété du commerce équitable.

Histoire

1860 : édition originale de MAX HAVELAAR ou les ventes de café de la Compagnie commerciale des Pays-Bas. « Ils sont très rares, très rares, les Européens qui ne croient pas inutile de condescendre à observer les émotions de ces outils à produire le café ou le sucre que l’on nomme « les indigènes ». », peut-on y lire. Le livre a un grand retentissement à l’époque et sa célébrité ainsi que celle de son héros ont perduré jusqu’à aujourd’hui.

L’influence de « Max Havelaar » est telle qu’on entame en 1870 la suppression progressive du « système des cultures », qui est remplacé par un système de travail libre. Fin du XIXe siècle, une nouvelle tendance, la politique éthique, se propage avec l’idée qu’en administrant les colonies il faut donner aux intérêts de la population autochtone la priorité sur les intérêts de la métropole.

Le texte fondateur du commerce équitable se trouve dans Candide de Voltaire. Candide, se rend au Surinam (Guyane néerlandaise) où, au détour d’un chemin, il rencontre un esclave noir à qui il manquait la jambe gauche et la main droite. Candide adopte une attitude révolutionnaire à l’époque (un Blanc s’intéresse à un Noir !) en le questionnant : « que fais-tu là, mon ami, dans l’état horrible où je te vois ? ». L’esclave lui répond que son maître lui a coupé la main parce que son doigt s’est pris dans la meule et il lui a aussi coupé la jambe parce qu’il a essayé de s’enfuir. L’esclave termine en disant : « C’est à ce prix que vous mangez du sucre en Europe ». Cette phrase est le fondement du commerce équitable. Le premier pilier du commerce équitable est posé : le consommateur se soucie des conditions de vie du producteur.
Mais il semble qu’Aristote aussi s’est intéressé au commerce équitable. Cliquez ici pour lire la suite…

En 1860, un inspecteur néerlandais du nom de Dekker fait un voyage aux Indes néerlandaises (Indonésie) pour constater les conditions de vie dans les plantations. Il est atterré par les conditions de production comparables à de l’esclavagisme moderne. Dekker étant aussi un romancier protestant et humaniste, il écrit, de retour en Europe, le roman Max Havelaar dans lequel il dénonce ce qu’il a vu aux Indes. Son livre connaît un très grand succès aux Pays-Bas mais son contenu pose problème : que faire pour empêcher cet esclavagisme moderne ?
La première réponse est donnée aux Etats-Unis dans les années 1940. Deux associations commercent avec les communautés pauvres des pays du Sud. Cependant, ces tentatives restent minimes. Le premier grand projet se développe en 1947 au Royaume-Uni en soutien à la population grecque. Suite au deuxième conflit mondial éclate une guerre civile entre royalistes et communistes grecs. La guérilla fait sombrer le pays dans la famine. Les étudiants d’Oxford créent l’OXFAM pour lutter contre cette famine. Le premier réseau de commerce équitable est né.

Vers la fin des années 50, l’ONG anglaise Oxfam, Oxford committee for famine relief souhaite soutenir les populations locales des pays du Tiers Monde tout en préservant leur dignité et développe la vente des produits de leur artisanat pour leur assurer un revenu régulier.
Parallèlement, en 1959, SOS, une association caritative créée par de jeunes catholiques dans le sud des Pays Bas, importe par solidarité des produits du tiers-monde.
En 1964, lors de la première Conférence des Nations Unies pour le Commerce Et le Développement (CNUCED) à Genève, les pays du Sud insistent sur la nécessité d’échanges justes.
Leur slogan, « Trade not aid », « du commerce, pas de l’assistance, » marque les esprits.

Ainsi, ce n’est qu’en 1974 que la première boutique de commerce équitable ouvre ses portes en France. Il s’agit d’Artisans du Monde, située rue Rochechouart à Paris. La structure est associative et son mode de fonctionnement singulier : contrairement aux magasins conventionnels, à fins lucratives, Artisans du Monde est quasi-exclusivement gérée par des bénévoles. Pour les produits artisanaux, les prix sont établis par les producteurs eux-mêmes, en fonction de l’ensemble des coûts de production. Ce tarif inclut le « coût social », c’est-à-dire les besoins personnels et familiaux du producteur, sa formation, l’organisation qui le soutient, et le « coût environnemental » supposé du produit. La boutique est alimentée par une centrale d’achat créée à cet effet, Solidar’Monde, entièrement spécialisée dans le commerce équitable. Dans cette perspective, la vente en magasin n’est qu’un prétexte à l’information du public sur les conditions de production dans les pays du Sud. L’objectif de l’association est avant tout politique, voire moral, et non pas strictement commercial. Les ventes sont d’ailleurs faibles, et le chiffre d’affaires du magasin reste limité.
Au fil des ans, les Magasins du Monde, en Europe comme aux États-Unis, se développent peu. Ils restent très majoritairement fréquentés par des militants déjà convaincus de l’intérêt de ce type d’échange marchand. Le commerce équitable reste confiné dans une « niche » de marché très étroite et son action auprès des communautés de producteurs du Sud demeure réduite, les volumes de vente étant peu importants.

À la fin des années 1980, émerge dans une coopérative de producteurs de café au Chiapas (Mexique) l’idée d’une labellisation des produits équitables. La certification aurait pour avantage de mettre à disposition des consommateurs du Nord les produits équitables dans les lieux d’achat habituels – principalement les moyennes et grandes surfaces – tout en garantissant au producteur comme à l’acheteur final le respect de certaines normes éthiques. Cette initiative de labellisation est concrétisée par Nico Roozen de l’association Solidaridad et le prêtre ouvrier hollandais, le Père Frans van der Hoff. Après maintes luttes contre diverses pressions, venant tant des multinationales du Nord que des intermédiaires du Sud (Roozen, Van der Hoff, 2001), le label Max Havelaar est créé en 1988 aux Pays-Bas. Il garantit le caractère « équitable » des produits proposés au consommateur.

Avec Max Havelaar, la logique du commerce équitable change radicalement. Le label utilise désormais les structures classiques du marché : importateurs comme distributeurs ne sont plus spécialisés dans le commerce équitable, comme dans le cas des Magasins du Monde, mais participent également à l’activité de la filière de commercialisation conventionnelle. Le commerce équitable ne représente qu’un aspect de leur activité. L’avantage de cette nouvelle forme de commerce est que les produits issus des filières équitables pourront être présentés dans des magasins conventionnels, pour toucher un public de consommateur beaucoup plus large et moins averti. L’ambition de la démarche est de vulgariser le commerce équitable, tout en lui assurant une crédibilité certaine par le biais de l’apposition d’un label. La première certification créée par Max Havelaar concerne le café. Les standards sont ensuite adaptés à d’autres produits comme le thé, le cacao, le sucre, le miel, le riz, les fruits frais, les fleurs coupées ou le coton. À ce jour, la filière labellisée concerne une vingtaine de produits.

Au cours des années 1990, le mouvement de labellisation du commerce équitable se structure. En 1997 naît FLO International (Fairtrade Labelling Organizations), organisation regroupant les différentes initiatives de labellisation de par le monde, telles que Max Havelaar, Transfair et Fairtrade. Les critères d’entrée sur les registres des producteurs et des importateurs du commerce équitable se standardisent également. Pour obtenir la certification de FLO, les producteurs sont contraints de respecter un certain nombre de critères, à savoir :

  1. se regrouper en organisation, sous forme associative ou coopérative par exemple,
  2. fonder une organisation majoritairement composée de « petits producteurs », c’est-à-dire des producteurs qui ne dépendent pas structurellement de main d’œuvre contractuelle pour exploiter leur propriété,
  3. s’assurer que l’organisation est indépendante et démocratiquement contrôlée par ses membres,
  4. ne pratiquer aucune forme de discrimination,
  5. ouvrir statutairement la structure collective aux nouveaux membres et permettre son indépendance politique,
  6. posséder quelques capacités d’exportation : une logistique adéquate et une expérience de commercialisation antérieure.

Source : Virginie Diaz Pedregal, « Le commerce équitable : un des maillons du développement durable ?

NOTORIETE

Longtemps confidentiel, le commerce équitable acquiert peu à peu une notoriété auprès du public. Pour autant les consommateurs demandent plus de transparence et de garanties face à un concept qui regroupe autant d’acteurs que de visions différentes.

La notoriété du commerce équitable croit de manière considérable. Alors que 9 % des Français déclaraient connaître le commerce équitable en 2000, ils sont 80 % aujourd’hui. Pourtant, connaissance du concept ne rime pas forcément avec compréhension des enjeux : 57 % des Français ayant entendu parler du commerce équitable jugent qu’ils disposent de trop peu d’informations sur le fonctionnement réel du commerce équitable, que ce soit au niveau de la production des produits, des revenus effectivement versés aux producteurs locaux ou de la traçabilité. C’est ce que révèle une étude réalisée par Ipsos les 21 et 22 mars 2008, pour le compte de la Plateforme pour le commerce équitable, le Ministère des Affaires étrangères et le Groupe de recherche et d’échanges technologiques (GRET). Des problématiques débattues lors d’une table ronde organisée à l’occasion du 4ème forum national du commerce équitable qui se déroulait les 25 et 26 avril, à la Cité des Sciences à Paris.
Selon Jean-Pierre Loisel, sociologue à l’Institut national de consommation (INC), le consommateur juge que le commerce équitable donne un sens à la consommation dans un monde d’hyperconsommation. Cependant, un manque de transparence, de clarification dans les garanties et la définition des prix peuvent constituer un frein à l’acte d’achat.

Un problème de définition

L’offre du commerce équitable s’est beaucoup diversifiée ces dernières années. Longtemps limitée à l’alimentaire et à l’artisanat, elle s’ouvre aujourd’hui à d’autres secteurs : la mode, le mobilier et même le tourisme. Cette multiplication des acteurs a entraîné une diversité de définitions, jetant le trouble dans l’esprit du consommateur. Sous chaque étiquette commerce équitable se cache une vision différente, voire opposée du concept. Si les acteurs historiques défendent une vision politique du commerce équitable, un véritable modèle de société et de marché, les nouveaux entrants ont une vision beaucoup plus pragmatique et commerciale du concept.

Les consommateurs s’interrogent sur la véracité du récit, sur les garanties, les contrôles, les cahiers des charges que recouvrent les différents labels, commente Emmanuel Rodriguez, secrétaire confédéral de la Confédération syndicale des familles (CSF). Les associations de consommation ont formulé un certain nombre de proposition afin de clarifier les règles et tendre vers plus de transparence. Tout d’abord, nous demandons que celui qui définit les règles du jeu ne soit pas celui qui contrôle, pratique très courante dans le commerce équitable aujourd’hui. Nous souhaitons aussi que soient clairement énoncés les objectifs du commerce équitable, comme par exemple une meilleure rémunération des producteurs. Enfin, que soit précisé clairement ce que recouvrent les différentes pratiques.
Les professionnels eux-mêmes souhaitent une clarification des pratiques : Il y a une véritable mode autour du commerce équitable et de la consommation responsable. On voit fleurir une quantité de logos, de packaging tendancieux qui peuvent semer le trouble dans l’esprit du consommateur, note Julie Maisonhaute, coordinatrice de la Plate-Forme pour le Commerce Équitable (PFCE).

Une nécessaire régulation ?

En 2006, l’agence française de normalisation (AFNOR) a mené une tentative de clarification du commerce équitable en réunissant autour de la table les principaux acteurs du secteur. Si l’idée initiale était de parvenir à l’établissement d’une norme, les discussions n’ont aboutit qu’à un fascicule de documentation établissant les règles du jeu du commerce équitable. Trois principes ont été alors retenus par le référentiel : l’équilibre de la relation commerciale, l’accompagnement des organisations de producteurs ou des travailleurs engagés dans le commerce équitable, l’information et la sensibilisation du public.
Les différentes interprétations de ces principes par les acteurs mènent, sur le terrain, à une prise en compte de critères différents et à des cahiers des charges toujours plus variés, entraînant un problème de lisibilité pour le consommateur dans le rayon de supermarché.
Julie Maisonhaute s’interroge : Faut-il une intervention des pouvoirs publics ? Nous sommes plutôt favorables à un tel encadrement, même si cette interrogation est très franco française. Il se dessine aujourd’hui une forme de reconnaissance publique des différents organismes de garantie, via la création d’une Commission nationale du commerce équitable, qui devrait voir le jour dans le courant de l’année 2008.
Au niveau international, un projet de norme ISO émerge également afin de mieux encadrer les pratiques du commerce équitable. En attendant, le consommateur doit se fier aux différentes initiatives de garanties privées existantes telles que Max Havelaar, Ecocert, FTO ou Minga.
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