Des femmes manient les outils du commerce équitable pour combattre la pauvreté.

Les femmes contre la pauvreté

OUGANDA :

KAMPALA, 26 sep (IPS) – La fabrication de paniers et de nattes dans le centre de l’Ouganda est traditionnellement le travail des femmes. Des femmes fabriquaient ces articles pour les utiliser à la maison. L’Association nationale des organisations de femmes en Ouganda (NAWOU) a transformé cette pratique en une force puissante pour lutter contre la pauvreté. 

L’organisation a un grand centre de collection des produits artisanaux dans la capitale de ce pays d’Afrique de l’est, Kampala. On peut y trouver entre autres, des paniers, des jouets et des tissus de coton faits à la main. Ce centre de collection fonctionne selon les principes du commerce équitable et est affilié à l’Association internationale du commerce équitable (IFAT).

L’IFAT est un réseau mondial d’organisations cherchant à améliorer les moyens de subsistance des producteurs  »désavantagés » en reliant les organisations du commerce équitable au plaidoyer pour la justice dans le commerce mondial.

La plupart de ces produits artisanaux sont vendus aux Etats-Unis, avec certaines exportations vers l’Australie, la Nouvelle-Zélande, l’Espagne et le Royaume-Uni.

Selon Pamela Kyagera, responsable du marketing au centre de collection, le commerce équitable a non seulement tourné autour du commerce artisanal en Ouganda, mais a assuré également que les femmes artisanes profitent de la même manière de leur travail.

 »Je crois fermement que nous pouvons aller loin dans la lutte contre la pauvreté à travers un commerce équitable. Les femmes que vous voyez apporter les produits artisanaux ne le feraient jamais par le biais des marchés conventionnels.

 »Elles ne vendraient pas dans des marchés qui sont loin de leurs maisons. Elles n’auraient pas assez d’information et elles seraient exploitées », affirme-t-elle.

La majorité des femmes artisanes travaillant pour la NAWOU utilisent leurs salaires pour améliorer leurs moyens de subsistance et ceux des membres de leurs familles.

IPS a parlé à quelques-unes de ces artisanes. Joyce Nakazi, une veuve et mère de trois enfants, est l’une des fournisseuses régulières de paniers au centre de collection de la NAWOU. Elle est également handicapée, ayant perdu son œil gauche dans un accident. Son mari est mort en 1998, laissant derrière une maison louée à une certaine distance de Kampala.

 »J’ai beaucoup profité de la vente de ces paniers parce que j’ai réussi à construire une maison à partir de mes économies. J’ai également payé pour l’éducation de mon fils aîné, qui a réussi à son examen d’entrée à l’université. J’avais l’habitude de travailler comme assistante dans une école maternelle près de notre église, mais l’argent ne suffisait pas. Alors j’ai quitté pour fabriquer plutôt des paniers », déclare Nazaki à IPS.

Daisy Nanteza fournit des produits artisanaux au centre de collection depuis 1997. Son feu mari avait deux femmes. Ils vivaient tous sur le même lopin de terre. Lorsque son mari est mort en 2006, elle a été laissée sans abri. Elle avait certaines économies issues de la vente de paniers qu’elle a utilisées pour acheter son propre lopin de terre.

 »Vivre comme une mère célibataire et éduquer des enfants ici n’est pas facile. Mais j’ai pu m’en sortir en vendant des produits artisanaux. Je gagne jusqu’à 100.000 shillings par mois (environ 60 dollars) », indique Nanteza.

Au centre de collection, Zaida Zizinga déclare à IPS :  »J’utilise l’argent issu de la vente des produits artisanaux pour aider mon mari, qui est un mécanicien, pour payer les frais de scolarité pour nos enfants. Il ne pourrait pas se débrouiller seul, étant donné ses petits revenus de réparateur de motocyclettes ».

Kyagera travaille avec 70 groupes de femmes dans différentes parties de l’Ouganda pour les former sur les exigences de qualité.

Elle peut identifier un produit artisanal mal fait à vue d’œil :  »Ce n’est pas facile d’enseigner aux femmes à comprendre les exigences de qualité, mais au cours des années, elles ont appris. Et, bien sûr, nous avons dû apprendre à nos consommateurs à comprendre certaines variations parce que ces produits artisanaux sont fabriqués par des êtres humains », explique Kyagera.

Mais il reste des défis.

 »Le plus grand défi est de renforcer la capacité des femmes. Ce n’est pas facile d’augmenter les nombres. Lorsque vous formez plus et plus de femmes, des questions comme le VIH/SIDA surgissent. Nombre de nos femmes sont affectées par le VIH/SIDA. Certaines meurent ou certaines vieillissent et ne peuvent plus fabriquer des paniers. Les jeunes ne s’intéressent pas à la fabrication de paniers ».

La principale déception de Kyagera est que plusieurs Ougandais ne veulent pas acheter les produits artisanaux :  »Ils se plaignent toujours des prix trop élevés. Parfois, nous devons acheter ces produits chez les femmes pour les maintenir dans les affaires — même quand nous n’avons aucune commande de nos partenaires à l’extérieur ».

Les paniers sont fabriqués à partir des fibres et des feuilles de banane, ce qui signifie que les artisans n’ont pas besoin de dépenser de l’argent pour les matières premières. Les produits ne sont pas nuisibles à l’environnement parce la plupart de ces matières sont collectées lorsque les produits agricoles sont en train d’être taillés ou moissonnés.

‘Uganda Crafts 2000 Ltd’ est une autre boutique à Kampala qui fonctionne sur les principes du commerce équitable, employant spécialement  »des veuves, les jeunes, des handicapés et des personnes vivant avec le VIH/SIDA », selon son site Internet.

Elle est affiliée à l’IFAT et à la Coopération pour le commerce équitable en Afrique (COFTA). Selon son site Internet, COFTA est un réseau d’organisations travaillant avec  »des producteurs à la base désavantagés en vue d’éliminer la pauvreté à travers le commerce équitable ».

L’une de leurs ouvrières, Rose Sanyu, est une mère célibataire handicapée avec trois enfants. Elle a déclaré à IPS :  »Ce que je comprends par commerce équitable est que vous n’exploitez pas les artisans parce que vous devez vous assurer que les deux parties gagnent ».

 »Nous profitons du commerce équitable parce que nous obtenons un prix plus élevé, comparé au prix des boutiques qui n’opèrent pas selon les principes du commerce équitable ». (FIN/2008)
http://www.ipsinternational.org/fr/_note.asp?idnews=5061