Le Design

Design Equitable

Le commerce équitable a longtemps été associé à un certain nombre de produits alimentaires comme le café, le chocolat, le thé ou le riz.
Aujourd’hui, ce temps là est révolu et on le rattache plus volontiers à des objets de décoration.

Si ces objets de décoration issus du commerce équitable reviennent sur le devant de la scène, c’est avant tout parce que les petits fabricants étrangers ont su élargir et diversifier leur offre.
Jusqu’ici, les produits proposés manquaient cruellement d’originalité et n’étaient pas du tout adaptés aux goûts européens.

Hier, la décoration éthique rimait avec style ethnique ou art de la récup. Aujourd’hui, créateurs français, artisans asiatiques et africains s’associent pour créer des objets à la fois contemporains et équitables.

Après l’alimentaire et la mode, la déco se convertit au développement durable. Dans la lignée de la boutique Umaé, éditrice de bougeoirs, plateaux ou tabourets en bois exotique, située passage du Grand Cerf, à Paris, deux magasins viennent d’ouvrir leurs portes dans la capitale. Près des Halles, Ekobo crée et vend des objets en bambou, tandis que Trait d’Éthique présente dans le XVe arrondissement une sélection pointue d’accessoires décoratifs. Leurs collections sont réalisées dans les règles du commerce équitable : assurer un meilleur revenu aux artisans, lutter contre l’exploitation des enfants, préserver l’environnement. Et, fait nouveau, elles associent éthique et modernité.

La fibre créatrice

«Jusqu’à présent, le commerce équitable était synonyme de corbeilles en raphia ou de boîtes conçues avec des cannettes récupérées sur les marchés du Cameroun ou de Madagascar, détaille Cédric Barennes, cofondateur d’Umaé. Notre volonté est de permettre la rencontre entre les designers européens et les artisans des pays du Sud, pour donner un nouveau souffle à cette création.» Une démarche initiée en 2004 qui ne cesse de faire des émules.
Pour preuve, même l’association Artisans du Monde, actrice historique du commerce équitable, s’alloue depuis peu les compétences d’une designer française. Ekobo, de son côté, s’inspire de la simplicité des lignes du design scandinave pour créer des saladiers ou des bols en bambou. «Les Vietnamiens de la province de Hanoï ont été éberlués quand nous avons commencé à travailler avec eux, se souvient Bruno Louis, créateur d’Ekobo. Là-bas, le bambou est considéré comme le bois du pauvre. Les formes et les couleurs qu’on leur demande leur semblent trop simples ; ils ne comprennent pas que l’on fasse des produits aussi épurés.» Ce choc culturel n’empêche pas une collaboration fructueuse. «Nous n’arrivons pas avec une idée précise et travaillons au contraire main dans la main avec eux, poursuit Bruno Louis. Nous créons nos collections à partir de leur savoir-faire, en tenant compte de leurs conseils.»

Éthiques, mais exigeants

Autre credo d’Ekobo, réduire le nombre d’intermédiaires (importateur, grossiste, revendeur). Cette stratégie permet de mieux rémunérer les artisans, payés 170 dollars par mois au lieu de 80, le salaire moyen, et de faire des économies qui se répercutent sur les prix de vente. «L’idée que le commerce équitable doit forcément coûter plus cher est un leurre, s’insurge Bruno Louis. Il faut juste limiter les dépenses et redistribuer équitablement.» À cette démarche éthique, Ekobo associe un souci écologique. Le bambou n’a pas été choisi au hasard : il pousse rapidement, sans pesticide ni engrais. Les emballages utilisés sont en papier recyclé, et pour transporter ses stocks, la société opte pour le bateau plutôt que l’avion. Moralité : «Tout le monde doit y trouver son compte : les hommes et la nature.» Et ça marche. Avec 25 000 pièces vendues en 2005, soit quatre fois plus qu’en 2004, et 100 points de vente dans 17 pays, les créations Ekobo semblent avoir trouvé leur rythme de croisière. Même succès pour Umaé, qui affiche 70 revendeurs en France. Une filière rentable, donc, pour ces nouveaux «commerçant équitables», fins connaisseurs du marché estampillés HEC, Edhec ou European Business School. Car pour réussir dans l’éthique, mieux vaut ne pas être utopique. « Les consommateurs ne sont pas prêts à acheter n’importe quel produit sous prétexte qu’il est équitable, analyse Eric Fourquier, PDG du cabinet d’études Théma. Ils doivent d’abord être séduits par sa forme, ses couleurs, son rapport qualité-prix. Ensuite seulement son caractère éthique constitue une valeur ajoutée. »

Consom’action

Le secteur de l’équipement de la maison représente seulement 2 % des achats équitables, mais le marché est en pleine progression. L’année dernière, 49 % des Français disaient avoir acheté un produit issu de ce type de commerce, contre 19 % en 2002. Des enseignes comme Umaé, Ekobo ou Trait d’Éthique, qui diversifient l’offre décorative éthique, devraient donc faire des émules. «La consommation responsable est un mouvement de fond qui ne va pas s’atténuer, assure Eric Fourquier. Les catastrophes écologiques, liées à l’hyper industrialisation du monde, ont provoqué une prise de conscience profonde. Aujourd’hui, nous savons que, par nos achats, nous pouvons agir sur l’avenir de la planète.»