Vêtements

Vêtements Equitables

Les produits équitables sont disponibles dans tous les lieux de consommation habituels : grandes surfaces, boutiques, vente par correspondance. Aujourd’hui, ces produits font partie de notre vie quotidienne. On les trouve dans la majorité des lieux commerciaux : Pratiquement toutes les enseignes de la grande distribution proposent aujourd’hui des références garanties commerce équitable.

Pionnières du commerce équitables, les boutiques spécialisées équitable ou bio sont depuis toujours fidèles à leur engagement.
Sans oublier la vente à distance : sur le Net ou sur catalogue, on peut aussi trouver des produits équitables.

Après l’alimentaire, c’est au tour du textile de surfer sur la vague du commerce équitable. Reste la question des garanties. Comment prouver qu’un vêtement est totalement équitable, des coutures à la teinture ?

Depuis quelques mois, les fashionistas se frottent les mains: elles vont enfin pouvoir s’acheter des vêtements équitables et… follement tendance! Il y a encore peu de temps, la mode labellisée «équitable» se limitait à d’improbables «panchos» amérindiens que l’on n’aurait même pas osé porter dans les années 70. Pour le plus grand bonheur des victimes de la mode, cette époque est révolue: il leur est désormais possible de s’offrir une bonne conscience… sans dépareiller leur garde de robe! Nombreux sont ceux qui ont vanté les mérites de ces vêtements confectionnés par des petits producteurs brésiliens ou des couturières de Manille. Mais que se cache-t-il réellement derrière les appellations bio», «équitable», «développement durable» ou «éthique»?

Si le commerce équitable ne représente que 0,01 % Chiffre communiqué par la Plate-Forme pour le commerce équitable des échanges commerciaux, sa notoriété, elle, est en forte hausse. En 2000, seulement 9 % D’après un sondage MHF-Ipsos publié en octobre 2000. de la population en avait entendu parler. En 2005, la proportion s’élevait à 74 %.
Et pourtant, sa définition précise reste encore floue dans l’esprit de beaucoup de consommateurs. Et pour cause! Il n’existe pas de définition officielle. En revanche, les organisations internationales du commerce équitable – Fairtrade Labelling Organisations (FLO), International Fédération for Alternative Trade (Ifat), Network of European World Shops (News), European Fair Trade Association (Efta) – sont tombées d’accord sur les termes suivants en 2002,«Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs .»

Pas évident lorsque l’on est un simple client d’aller vérifier si le jean que l’on s’apprête à acheter répond bien à ces critères.

Ni label ni norme

Pour l’heure, il n’existe aucun label, ni aucune norme publique. En revanche, plusieurs structures privées ont mis en place des systèmes de garantie. Seuls inconvénients, ces initiatives sont multiples, ce qui contribue à augmenter la confusion dans les esprits, et elles ont leurs propres limites. Certaines, comme Max Havelaar, sont partisanes d’une certification des filières de manière poussée, selon un cahier des charges précis, et effectuée par un organisme indépendant comme Flo-Cert. Seul hic: le coût peut varier de 2000 à 5200 euros pour le premier contrôle. Et la mise en place peut devenir très complexe, notamment pour les produits nécessitant plusieurs étapes de fabrication comme le textile. D’autres, comme la Plate-Forme pour le commerce équitable (PFCE) ou l’Ifat, choisissent de ne garan-tir que les structures. Résultat: leur système de vérification présente des lacunes. Les procédures ne sont pas très poussées et les vérificateurs ne se rendent pas dans les pays du Sud…

Pour tenter de remettre de l’ordre, Guy Hascoët, secrétaire d’Etat à l’Economie solidaire du gouvernement Jospin a souhaité entamer un processus de normalisation. Ainsi, l’Agence française de normalisation (Afnor) a chargé un groupe de travail de plancher sur le sujet. Tentative avortée ou presque puisque, après quatre ans de discussions, il n’est parvenu à adopter qu’un simple «fascicule de documentation», n’ayant force de… rien. Seul point positif, ce document pose les bases pour la création d’une commission nationale du commerce équitable qui devrait être mise en place très prochainement, mais dont on ne connaît ni les pouvoirs ni les membres.

Pas de vêtement 100 % équitable

Aucune garantie officielle n’existant, les différentes marques font avec les moyens du bord. Chacun y allant de son argument éthique sur son site Internet et détaillant le plus possible les actions sociales et environnementales réalisées. Des éléments qui ne prouvent pas l’«équitabilité»du produit.

Max Havelaar qui travaille avec des marques comme Célio ou La Redoute, reconnaît n’être pour l’instant pas en mesure de certifier une filière textile de A à Z. Pour le moment, seule la production de coton est certifiée équitable. Emmanuelle Cheilan, responsable de la communication chez Max Havelaar France, explique: «Si on certifiait une filière textile complète, on ne serait pas capable d’apporter les garanties que l’on apporte actuellement. On tromperait les gens.»La question reste toutefois à l’étude.

Les différentes étapes nécessaires à la fabrication d’un vêtement rendent la filière textile très difficile à contrôler. Comme l’admet, Rachel Liu, fondatrice de la marque de vêtements Ideo, «il est presque impossible de faire un vêtement 100 % équitable».

Un défi à chaque étape

Il y a toujours une étape qui pèche. Le plus souvent il s’agit de la fabrication de la matière première. Pierre Adam, créateur de la marque AfreakA, raconte qu’il achète parfois du tissu au village pour réaliser ses modèles. Il utilise donc pour ses collections du tissu qui n’est pas fabriqué dans des conditions équitables, même si le reste l’est. Chez Tudo Bom, si l’étape production de coton est équitable, c’est l’étape filage qui ne l’est pas, comme l’explique son créateur Jérôme Schatzman: «Pour le filage, on travaille avec une très grosse usine, et même si elle respecte les règles de VOIT, on n’est plus dans les critères du commerce équitable.»Même constat pour la teinture et le tissage.

En revanche, l’étape conception est celle qui est le plus souvent réalisée suivant les critères du commerce équitable. Les exemples sont nombreux: Azimuts travaille avec des artisans népalais, Ideo avec des coopératives basées en Inde. Quant à la question des transports, les acteurs rencontrent tous la même difficulté, les conditions de travail sur les bateaux sont déplorables, mais ils n’ont aucun moyen de pression.

Dernière difficulté: l’évaluation des critères. Difficile d’estimer le degré de démocratie au sein d’une association d’artisans. Même constat pour le développement durable. Comment en mesurer les avancées?

En ce qui concerne les prix, beaucoup disent ne pas les discuter et être au-dessus de ceux couramment pratiqués dans le pays. Une garantie qui paraît bien aléatoire lorsque l’on sait que certains producteurs ne savent pas les calculer. Jérôme Schatzman raconte: «Avec nos couturières, on a dû revoir leurs prix à la hausse car on s’est aperçu qu’elles n’intégraient pas les coûts fixes comme l’électricité!» Même observation chez Azimuts.

La réponse? La transparence

Azimuts qui a décidé de réagir à l’utilisation abusive du terme en inventant le transparent trade, littéralement «le commerce transparent ». Une alternative au commerce équitable tel qu’il existe aujourd’hui. Pour Valérie Delamerie, gérante de la société Azimuts, les garanties que certains tentent de définir ne seront jamais suffisantes. «Tous ces organes ne servent qu’à rassurer les gens qui sont dedans. Mais, quand ils sont à l’intérieur, ils ne font plus d’efforts », explique-t-elle. Le principe du commerce transparent est simple. Il s’agit d’un site Internet, transparent-trade.org, sur lesquels les entreprises qui le souhaitent peuvent mettre en ligne toutes les informations concernant leur société, de la décomposition du prix des articles aux salaires. Pour le moment seul Azimuts y apparaît, mais une dizaine d’acteurs seraient intéressés. Un obstacle: le coût. Toutes les informations mises en ligne doivent être validées par un commissaire aux comptes, lorsqu’il s’agit de l’envoyer sur place au Népal, cette démarche peut coûter très cher! Là encore, on voit les limites du système. Voilà qui prouve qu’aujourd’hui l’«équité»n’est qu’un objectif vers lequel on peut tendre, un combat qu’il faut mener au quotidien, à tous les niveaux. Reste qu’au fond des vêtements estampillés équitables le seront toujours plus que ceux qui ne le sont pas!

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Veja, les baskets équitables

Décryptage d’une réussite
En l’espace de deux ans, malgré un budget communication/marketing nul mais avec une volonté à toute épreuve, deux jeunes Français ont lancé leur propre marque de baskets… équitables.
L’aventure Veja, initiée à Paris, prend des allures internationales.
En 2003, dans le cadre de leurs études (Dauphine, HEC), Ghislain Morillion et Sébastien Kopp font un tour du Monde d’un an consacré au développement durable. C’est là que naît l’idée de lancer une marque équitable… et de donner du sens à leur activité professionnelle. Passionnés de chaussures de sport et soucieux d’aider et d’informer leurs contemporains sur les risques d’un capitalisme exacerbé, ils créent alors leur marque de baskets intitulée Veja.
De la récolte des matières premières jusqu’à leur vente, ces chaussures devront coller au plus près au modèle équitable. Cette aventure prend forme au Brésil, en 2004 avec des moyens dérisoires (le budget initial atteint à peine 10 000 euros).
Les deux Parisiens, dépourvus de connaissances spécifiques sur la fabrication des chaussures, se rendent donc en Amazonie pour tenter de comprendre comment articuler les différents maillons d’une chaîne équitable, en un mot : savoir si leur rêve peut prendre forme.

Des rencontres fortes axées sur le respect et le partage, une conception plus juste du commerce, des financiers qui croient en eux et surtout beaucoup de travail ont grandement contribué à ce succès fulgurant.
Le nom de la marque, quant à lui, a pour but de rappeler au consommateur qu’adhérer au projet du commerce équitable, c’est regarder la planète d’un autre œil.

Donner du sens à sa vie

Interrogé sur les motivations qui l’ont conduit à se lancer dans cette aventure, Sébastien Kopp se souvient d’une phrase de son professeur de philosophie alors qu’il était en terminale : « Si vous voulez séparer votre vie professionnelle et votre vie personnelle, vous serez les plus malheureux du monde ». Cela correspond parfaitement à l’approche que se font les fondateurs de Veja de l’univers du travail. Une première expérience professionnelle ne répondant pas entièrement à cette volonté de vouloir donner du sens à leur vie, un souhait de faire passer un message fort sur l’avenir de notre planète, tant d’un point de vue environnemental qu’humain et Ghislain et Sébastien décident de monter leur propre projet. Une collection de chaussures équitables d’un bout à l’autre de la chaîne. Mais pourquoi des chaussures ? « Le choix de développer une marque de baskets vient du fait que tous deux nous étions fans des baskets. Mais c’est aussi parce que la basket est le symbole de la principale inégalité Nord/Sud, fabriquée dans le Sud et portée dans le Nord », explique Sébastien Kopp. Leur parcours les mène assez rapidement vers le Brésil où une ONG locale leur fait part des difficultés qu’ont de petits producteurs de coton et de caoutchouc pour survivre. Direction le Nordeste où est récolté le coton bio et la jungle amazonienne pour le caoutchouc, pour rencontrer ces petits producteurs.

Le prix juste

« Au début, ils nous ont pris pour des fous », se souvient Sébastien. En effet, l’affaire ne s’est pas faite sans ambages. Mener à bien un tel projet nécessite l’instauration d’une relation de respect et de confiance avec les différents partenaires. « C’est avant tout une histoire humaine. » Même s’ils n’avaient rien vendu depuis six ans, les producteurs comprenaient mal la venue de deux jeunes Français sur leurs terres, la pérennité d’une collaboration où ils seraient rémunérés sur une base supérieure à celle des prix du marché mondiale des matières premières. De discussions en échanges, Sébastien et Ghislain déterminent avec les producteurs leurs coûts de production réels, le prix juste à payer pour une production biologique et équitable – bannir l’utilisation d’engrais, percevoir assez d’argent pour vivre mais également pour se développer. Des audits leur permettent d’appréhender le coût de leur collaboration. L’achat du coton, par exemple, se fera pour un prix au kilogramme trois fois supérieur à celui du marché mondial… Ghislain Morillion et Sébastien Kopp font enfin leurs premiers pas dans le commerce équitable. Leurs chaussures feront bientôt leur apparition dans les vitrines des magasins parisiens. Le passage obligatoire par Paris pour convaincre des financiers de s’investir dans leur projet effectué, ils se rendent à nouveau au Brésil régler les derniers détails de leur collaboration. « Au départ, nous les aidions à trouver un camion puis à mettre le coton dans le camion », se souvient Sébastien Kopp. Aujourd’hui encore, chacun d’entre eux passe la moitié de l’année sur place pour faire vivre cette aventure et s’assurer que tout se passe bien. « Le commerce équitable est une démarche de tous les jours.»

Pas de chichi

Les matières premières à disposition, il reste maintenant à dessiner la chaussure. A partir de modèles existants et en s’inspirant tout particulièrement d’un modèle brésilien des années 70, Sébastien Kopp et Ghislain Morillion définissent un premier modèle simple et épuré. « Nous voulions concevoir un beau produit, mais aussi humble, basique, sans “chichi”. Notre design n’est pas extraordinaire. Le plus important, c’est que cela plaise. » Pas question de faire appel à un designer connu, ce n’est pas le nom d’une personne qui doit faire vendre la marque, mais bien le concept… La seule aide extérieure acceptée concerne la création de l’harmonie des couleurs pour la gamme de chaussures. Les premiers modèles en main, il faut maintenant attirer l’attention du public sans dépenser d’argent dans la publicité. En effet, le calcul est simple. Les baskets étant produites au Brésil et non en Asie, le coût de fabrication est plus cher. Additionné au fait que les matières premières ont un coût de revient lui aussi plus important, il est nécessaire de rogner sur un budget : celui de la communication. Les deux jeunes hommes font ainsi le pari de la notoriété par le bouche-à-oreille, par le biais de personnes satisfaites de la qualité de leur achat et heureuses de s’inscrire dans une démarche respectueuse du travailleur et de ses conditions de travail.
Photo ci contre : modèle Veja Grama : Cette collection est confectionnée avec une semelle qui utilise beaucoup plus de caoutchouc. Avec ce modèle, Veja achète le double de volume de caoutchouc aux seringueiros et ceci permet d’avoir un impact positif plus fort sur la préservation de la forêt amazonienne. D’ailleurs, sous chaque basket est gravé le nombre de grammes (grama en brésilien) de caoutchouc sauvage contenu dans la semelle. Les Veja Grama sont en coton biologique et les Grama Leather en cuir végétal.

Plus haut, plus loin…

Petit retour en arrière : la fabrication de la chaussure. Une fois les matières premières récoltées, elles sont envoyées dans une coopérative du sud du Brésil où sont achevés la confection et l’assemblage. Commerce équitable oblige, les ouvriers travaillent dans des conditions décentes, avec un salaire décent (supérieur à la moyenne brésilienne) et avec une participation annuelle aux bénéfices substantiels. « Nous voulions aller jusqu’au bout de la démarche, que d’un bout à l’autre de la chaîne, les différents acteurs soient respectés et correctement rétribués », souligne Sébastien. C’est la raison pour laquelle ils ne se s’arrêtent pas en si bon chemin. L’acheminement des baskets vers la France s’effectue en porte-containers et non en avion, car c’est moins polluant. Et une fois arrivées, les chaussures sont prises en charge par une entreprise de réinsertion qui s’occupe de stocker la marchandise et de la faire parvenir dans les points de vente. La démarche équitable s’arrête-elle là ? « Non, rien n’est figé, il y a encore des milliers de choses à améliorer. Par exemple, on transporte par bateau et non par avion pour diminuer la pollution. Mais cela pollue encore, on voudrait le transporter par voilier si c’était possible ». Sébastien Kopp compte bien pousser le commerce équitable jusqu’à son paroxysme.

Redéfinir le commerce

« Tout le monde nous dit bravo pour ce que nous avons fait. Mais nous n’avons rien fait. Quel est notre impact sur la planète, dans la conscience collective ? Rien ! », s’énerve Sébastien Kopp. Les fondateurs de Veja ne se sentent pas encore établis comme une entreprise. Selon eux, Veja est toujours à l’état de projet et sa réussite sur le long terme dépend de beaucoup de facteurs économiques et politiques. Surtout, il leur semble nécessaire « qu’il y ait une définition stricte du commerce équitable. Cela nous embête que des gens le fassent en deux mois. Il faut du temps pour établir un lien, du respect ». Le gouvernement français planche actuellement sur ce sujet afin d’édicter une charte du commerce équitable qui verra le jour d’ici à la fin de l’année. « Si le commerce doit changer un jour, cela viendra du consommateur, car c’est lui qui cautionne le système actuel et c’est à lui de changer sa façon de consommer. Il a tous les moyens de communication pour se renseigner aujourd’hui, et n’a donc pas d’excuse. » Mais le consommateur ne semble pas encore ouvrir grands les yeux sur le monde qui l’entoure. Veja n’apparaîtrait-elle donc pas comme une petite porte, ouverte vers ce qu’il y a à développer pour un monde meilleur ?
(1) Veja signifie « regarde autour de toi » en brésilien.

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