Qu’est ce que le commerce équitable ?

Le commerce équitable, qu’est ce que c’est ?

«  Le commerce équitable est un partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable, en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète.  » Cette définition a été adoptée en 2002 par les réseaux internationaux d’organisations de commerce équitable, tel que Fair Trade Labelling Organisation (Flo), qui rassemble 19 structures nationales de labellisation, comme Max Havelaar France. Sur cette base, la Fédération internationale pour le commerce alternatif (IFAT-International Federation for Alternative Trade) a défini des critères plus précis : organisation collective des producteurs, prix minimum garanti…

Label public : l’exemple du bio

Les clivages actuels sur le commerce équitable ne sont pas sans rappeler les débats qui animaient le monde de l’agriculture biologique dans les années 80 et 90, au moment de l’élaboration du label public. Deux conceptions opposaient alors les acteurs historiques et les pouvoirs publics. Les premiers défendaient dans «  la bio  » un projet de société qui ne saurait se limiter à un cahier des charges technique. Les seconds voyaient dans l’agriculture biologique une filière à normaliser pour mieux la développer. Avec l’adoption du règlement européen, en 1991, qui détaille en vingt et une pages les normes et les systèmes de contrôle que les produits doivent respecter pour se prévaloir du label «  agriculture biologique  », le combat a tourné à leur avantage. Aujourd’hui, le label public AB est la propriété du ministère de l’Agriculture, qui siège au conseil d’administration de l’organisme chargé de la promotion de la filière (l’Agence Bio).

Les limites des labels

Les labels de consommation citoyenne n’échappent pas à deux écueils. Trop précis, ils s’exposent au risque d’incohérence. Trop ambitieux, ils limitent excessivement l’offre. Que penser, par exemple, du bilan environnemental des pommes labellisées AB produites en Italie, puis transportées par camion pour être emballées dans des matières plastiques dans les pays d’Europe centrale, avant de retraverser l’Europe afin d’être vendues dans les rayons des supermarchés français. A l’inverse, il serait aujourd’hui très difficile de garantir «  l’équité  » de l’ensemble d’une filière de commerce équitable, si l’on y intégrait les conditions de travail des marins qui acheminent les produits jusqu’au Havre ou Rotterdam. A cause de ces limites, les labels de consommation citoyenne ne peuvent pas se substituer à la réglementation publique. Tant que la déforestation des forêts primaires, par exemple, ne fera pas l’objet d’un encadrement public au niveau international ou dans les pays les plus directement concernés, on pourra assister, à la fois, à la progression des zones certifiées par le label FSC (passées de 30 millions d’hectares en 2003 à plus de 50 millions en 2005), qui garantit une gestion durable des forêts, et à une accélération de la déforestation de l’Amazonie où, en 2004, deux fois plus d’hectares sont partis en fumée qu’en 1994.

Un vrai commerce équitable par Anne-Françoise Taisne.

Le commerce équitable devient de plus en plus populaire, grâce aux mobilisations qui se sont développées un peu partout pour dénoncer les effets de la mondialisation libérale. Du coup, même les multinationales de la distribution commencent à s’y intéresser. Il en résulte cependant des enjeux de plus en plus importants pour savoir ce qui ressort réellement du commerce équitable et ce qui n’est que de l’affichage dans ce domaine. Un enjeu essentiel, en particulier pour la Fédération Artisans du monde qui agit depuis trente ans pour développer le commerce équitable.

Un groupe de travail s’est constitué au sein de l’Association française de normalisation (Afnor) pour définir l’activité du commerce équitable et les modalités d’attribution d’une telle dénomination. Pour Artisans du monde, seule une organisation dont l’essentiel du chiffre d’affaires provient de produits issus du commerce équitable est un acteur du commerce équitable. Et ce commerce doit répondre à un certain nombre de critères fondamentaux. Parmi ceux-ci, un prix équitable, avec comme base les standards minimaux fixés au niveau de la Fair Labelling Organisation (FLO), l’organisation qui regroupe les acteurs du commerce équitable à l’échelle mondiale, dans le cadre de négociations entre producteurs et importateurs pour certains produits alimentaires. De plus, une organisation du commerce équitable doit prendre en charge la sensibilisation des citoyens, car le commerce équitable est avant tout un levier pour des changements plus globaux des règles du commerce international. Dans ce contexte, les multinationales de la distribution peuvent difficilement se voir reconnaître le droit de mettre en place leur propre label de commerce équitable. Artisans du monde espère que les pouvoirs publics n’accepteront pas un tel nivellement par le bas du commerce équitable.

Pour en savoir plus : www.artisansdumonde.org, Sources : Alternatives économiques, n° 224, p. 92