Idées folles pour la planète

Parce que sauver la planète est affaire de gens sérieux, j’ai décidé, suite à un article paru dans le Figaro magazine, de me pencher sur quelques idées qui, si elles sont proposées par des personnalités incontestables ( prix Nobel, scientifiques reconnus et ingénieurs de renom) n’en paraissent pas moins farfelues.

Du soufre pour refroidir l’atmosphère.

06258d7a-e020-11de-be21-e21db92c3326Paul Crutzen (chimiste et météorologue néerlandais, Prix Nobel en 1995 pour ses recherches sur la chimie de l’atmosphère) propose une solution pas trop coûteuse mais plutôt efficace pour rafraîchir la planète : projeter des tonnes de souffre dans la stratosphère. Il faut d’abord conditionner dans des réservoirs un million de tonnes de soufre, sous forme d’hydrogène sulfuré liquide, puis fabriquer des milliers de ballons pour transporter la cargaison à 20 kilomètres d’altitude et enfin pulvériser la cargaison dans l’atmosphère. Au contact de l’oxygène, le mélange chimique se transforme en gouttelettes capables de réfléchir ou d’absorber la lumière du soleil pendant plusieurs mois. Coût estimé : 25 milliards de dollars. Sans doute raisonnable compte tenu du coût économique inestimable d’un réchauffement non maîtrisé, mais avec encore de nombreux problèmes techniques à régler pour pouvoir mettre en œuvre cette technique.

Des réflecteurs dans l’espace pour mettre la terre à l’ombre.

Roger Angel astronome et expert en optique propose quant à lui d’utiliser des miroirs pour  détourner les reflectrayons du soleil. En quantité importante (16 000 milliards d’une soixantaine de centimètres de diamètre chacun), ces mini-écrans utiliseraient les forces d’attraction de la Terre et du Soleil pour flotter dans l’atmosphère. Reste à résoudre un problème majeur : le transport de ses miroirs à cette distance.

Produire du plancton dévoreur de CO²

L ‘idée, n’est pas nouvelle et semble assez simple : Le sulfate de fer a la propriété de faciliter le développement d’algues planctoniques : Il suffit alors d’en déverser quelques tonnes dans l’océan pour que la zone se transforme rapidement en une véritable forêt de phytoplanctons capables de redynamiser un écosystème marin pauvre. Ce plancton absorbe le CO2 dissous dans l’eau en provenance de l’atmosphère. Mais les expériences montrent qu’une partie des algues planctoniques ne coulent pas quand elles meurent et qu’en contrepartie elles libèrent alors en surface le CO2 ingéré, qui repart… dans l’atmosphère !

Des bateaux blanchisseurs de nuages.

nuagesL’idée consiste ici à créer des navires qui enverraient de fines particules d’eau de mer dans l’atmosphère  l’eau viendrait alors épaissir les nuages, ceux-ci devenant plus blancs et réfléchissant d’autant mieux les rayons du soleil. Solution qui permettrait probablement de gagner du temps !

Des arbres artificiels  qui captent le CO²

Un chercheur américain propose de fabriquer des arbres synthétiques composés d’un pilier et d’une structure équivalente aux branches. Dans ces branches, à travers lesquelles passe l’air, le gaz carbonique est capté par de la soude caustique, ce qui produit une solution liquide de bicarbonate de sodium. La solution est ensuite transportée par des gazoducs et traitée pour en extraire le CO2. Il ne reste plus qu’à compresser celui-ci pour le stocker soit sous terre, soit dans les océans. Solution présentant un caractère important de faisabilité avec un coût limité.

Utiliser le désert comme une source d’énergie.

Selon l’inventeur du système d’irrigation par pulvérisation d’eau de mer, il suffirait de couvrir 1 % des déserts de panneaux solaires pour desertproduire la consommation d’électricité mondiale.  Il propose alors de réaliser des oasis artificielles de grande taille, et coupler son système d’irrigation, alimentant en eau des serres sous lesquelles on produirait des fruits et des légumes, à des centrales solaires thermiques à concentration pour produire l’énergie nécessaire aux sites. Installées dans des déserts côtiers, ces oasis fonctionneraient en autonomie complète, sans puiser dans les nappes phréatiques, pour un investissement relativement modeste de 80 millions d’euros l’unité (équivalant à une vingtaine d’hectares de serres). Sans doute une des solutions les plus avancées à ce jour.

Produire de l’électricité dans des atolls artificiels

Les éoliennes ne produisent de l’électricité que quand il y a du vent et ne servent à rien si le vent arrive à un moment où le besoin en atollélectricité est faible. C’est la raison pour laquelle les Danois ont imaginé des pièges à électricité produite par des éoliennes. Ces pièges ressemblent à des atolls construits légèrement sous le niveau de la mer et fonctionnent comme des barrages. Si la demande d’électricité est importante, de l’eau de mer est injectée dans ces atolls artificiels via des turbines qui produisent de l’énergie en complément ou en remplacement de la production des éoliennes. Par exemple, quand le vent est faible ou inexistant.
Il faut ensuite vider ces atolls pour qu’ils puissent produire à nouveau de l’électricité : Un coup de vent en pleine nuit, alors que le réseau n’a pas besoin d’électricité, et l’énergie produite par les éoliennes est utilisée pour vider les atolls grâce à des pompes. Ces atolls fonctionnent comme des barrages hydroélectriques et deviennent de véritables batteries capables de stocker l’énergie éolienne. Tout semble prêt. Reste le problème du coût (proche du prix d’une centrale nucléaire) et celui de l’esthétique, toujours contestable.

Et vous amis lecteurs, n’auriez vous pas un projet au fond d’un carton prêt à en faire un de carton pour sauver la planète ?

Copenhague :Triste bilan

Après 12 jours de discussions intenses, le sommet de Copenhague sur le climat a accouché d’un accord non contraignant qui n’est pas signé par tous les pays, obtenu par des négociations de couloirs. Même si tout le monde ne tire pas la même analyse du résultat, la tendance est plutôt à la déception : pour certains, il s’agit avant tout d’un bilan décevant, d’un accord sans ambition… et sans contrainte. Pour d’autres la conférence s’est achevée dans le chaos et a accouché d’un texte insipide, pour le moment adopté simplement par une trentaine de chefs d’Etats et de gouvernements de pays développés et émergents, tandis que la conférence des Nations unies en a simplement pris note.
Le refus des Etats-Unis de s’engager réellement dans la lutte contre le changement climatique, l’inconsistance de l’Union européenne qui aurait pu être le moteur de ces négociations, le jeu de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud qui a divisé le G77, le poids des grands lobbies industriels et des multinationales ont abouti à un échec que le pire scénario ne pouvait laisser imaginer.Copen1
Le principal échec de Copenhague est l’accord obtenu par les Etats-Unis et la Chine lors de discussions parallèles : un document non contraignant bien en deçà des volontés affichées. Son contenu est loin d’être à la hauteur des attentes que la conférence avait soulevées : s’il affirme la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, le texte ne comporte aucun engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre, se contentant de prôner la « coopération » pour atteindre un pic des émissions « aussi tôt que possible ». Au royaume de la langue de bois vert …
La fin de ce sommet aura été marquée et ternie par des négociations dans la confusion, tenues dans un cadre flou : une assemblée plénière s’est déroulée pendant la dernière nuit dans la pagaille, animée par un premier ministre danois dépassé, alors que les chefs d’Etat étaient déjà repartis. Après des heures d’invectives et de tensions, la convention a finalement « pris note » de l’accord. Ce qui ne l’entérine pas formellement, mais pourrait permettre son application. Certains pays, comme le Venezuela ou Cuba, ont annoncé leur intention de ne pas le signer.

La négociation de Copenhague a mis en lumière le rôle incontournable des deux pays les plus pollueurs de la planète : la Chine et les Etats Unis. Le « G2″ a fait la négociation, sans que les Européens ou les pays en développement aient vraiment leur mot à dire.

Copen2En France, comme partout ailleurs dans le monde, associations et partis écologistes sont unanimes : cet accord ne va pas assez loin. Certains, comme les Verts français, estiment qu’ils s’agit d’un « lamentable fiasco ».

Que dit réellement le texte final ? Cette déclaration politique a été le fruit de négociations à 26 mais menées essentiellement par les Etats-Unis, l’Inde, la Chine, le Brésil et l’Afrique du Sud. Elle ne comprend pas d’objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre, renvoyés à 2010, et ne prévoit pas la création d’une instance internationale pour vérifier la mise en oeuvre des engagements de chaque pays.

  • Une hausse des températures globales limitée à 2 °C

Dans le document politique négocié, les dirigeants prévoient de limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d’ici à 2050 par rapport aux niveaux pré-industriels, l’objectif affiché de la conférence sur le climat. S’il mentionne la nécessité de limiter le réchauffement climatique, ce  texte ne  fixe aucun objectif contraignant pour  les pays signataires. Chaque pays fera donc ce qu’il voudra.

  • Pas d’objectifs de réduction des émissions de CO2

L’accord ne fixe pas d’objectifs chiffrés de réduction d’émissions de gaz à effet de serre à l’horizon 2050. Selon un calcul des Nations unies, l’addition des promesses faites à ce jour publiquement par les différents pays conduirait à une hausse de la température moyenne de la planète de 3 °C, bien au-delà de l’objectif souhaité des 2 °C.

  • Aide à l’adaptation des pays en développement

Les chefs d’Etat ont accepté de consacrer 100 milliards de dollars par an d’aide aux pays en développement à compter de 2020 et d’examiner pour ce faire des financements innovants. Les Etats-Unis se sont engagés à verser 3,6 milliards dCopen3e dollars d’aide aux pays les plus vulnérables d’ici 2012 pour les aider à s’adapter aux impacts du changement climatique.
Il est à craindre que les 30 milliards de dollars d’aide aux pays les plus pauvres face au changement climatique pour les trois prochaines années proviennent d’une reconversion de l’aide au développement déjà promise, comme cela a été annoncé par certains pays développés. Pire, le texte indique qu’il faut utiliser  les  opportunités  du marché,  donnant  ainsi  son  imprimatur  au  développement  de  la finance carbone qui a pourtant fait la preuve de son inefficacité en matière de réduction des émissions

  • Il n’y aura pas d’Organisation mondiale de l’environnement

L’accord ne prévoit pas la création d’une Organisation mondiale de l’environnement qui aurait pu vérifier la mise en œuvre des engagements de chacun, les contraignant légalement. Point de friction majeur, en raison notamment du rejet chinois de toute intervention extérieure, la partie du texte sur la vérification internationale du respect des engagements pris est la plus longue du projet d’accord. Elle précise que les économies émergentes doivent faire le bilan de leurs efforts et en rapporter aux Nations unies tous les deux ans.

  • Protection des forêts

Le texte « reconnaît l’importance de réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, et la nécessité d’améliorer l’élimination de gaz à effet de serre par les forêts ». Il prévoit des mesures « incitatives » pour financer la protection des forêts avec des fonds des pays développés.