Principes et fonctionnement

Fonctionnement

Le commerce équitable, c’est un échange simple : ici, vous achetez des produits portant le label, quelle que soit la marque. Là-bas, des producteurs vivent de leur travail, respectent l’environnement et s’unissent pour décider eux-mêmes de leur avenir.

Au contraire de la charité, qui consiste à donner une somme d’argent, le commerce équitable propose un échange où tout le monde est gagnant : producteur et consommateur.
En Afrique, en Amérique du Sud ou en Asie, 1,5 million de producteurs peuvent vivre et envisager l’avenir.

Le commerce équitable a pour vocation d’assurer un revenu décent aux producteurs et de les aider à assurer leur développement à long terme. C’est la déclinaison du slogan des années 70 :  » Fair trade, not aid  » « . Du commerce équitable, pas la charité. » Ses promoteurs s’efforcent d’établir des relations commerciales avec le moins d’intermédiaires possible. Ils font une sélection drastique des producteurs de pays émergents. Il s’agit souvent de coopératives réunissant les paysans les plus défavorisés.
Un cahier des charges très strict encadre le commerce équitable : les producteurs, basés dans le Sud (Asie du sud-est-, Amérique du sud et Afrique) doivent être rassemblés en coopérative ou association au fonctionnement démocratique et transparent, et ces coopératives doivent garantir la représentation syndicale des employés et respecter les règles de l’Organisation Internationale du Travail, comme l’absence de travail forcé ou du travail des enfants, par exemple.; les transactions financières doivent être transparentes; les enfants ne doivent pas travailler; Enfin, les conditions de culture doivent respecter l’environnement (pas de suremploi de pesticides, ramassage des emballages plastiques, pas de défrichage pour extension des plantations…).
Une fois les producteurs identifiés dans leur pays, une centrale d’achat importe les produits (alimentaires, artisanat, vêtements…) sur le sol français. Charge ensuite aux boutiques de les vendre.
Comment est défini le prix minimum garanti ? Cliquez ici pour une information complète.

Si l’on prend l’exemple du café, un produit quotidien s’il en est ! Il représente la 2ème marchandise échangée au Monde après le pétrole, et la France en est le 3ème consommateur mondial ! D’origine sud-américaine et africaine, ce n’est pas une production qui empêche les petits paysans de souffrir de pauvreté.

Du grain à la tasse, les deux routes possible du café …

De nombreux pays importent du café, sous diverses marques, de diverses qualités. Mais, comme ailleurs, sur le prix acheté, bien peu retourne au producteur. Un café labellisé « Commerce Equitable » sera vendu un peu plus cher (15% environ, soit 30 centimes sur un paquet de 250 grammes), mais ce surcoût sera intégralement reversé au producteur. Le principe est de garantir au producteur un prix d’achat fixe, indépendant des fluctuations des cours mondiaux : c’est le prix juste ! Le transfert de cette somme est garanti par l’instauration du label, qui contrôle à la fois les producteurs au « Sud », et les importateurs et torréfacteurs au « Nord ».
Le contrôle est effectué pour assurer auprès des producteurs, regroupés en coopératives :
- la production d’un café de qualité,
- des conditions de travail décentes, sans exploitation des enfants, entre autre,
- le pré-financement des récoltes, pour une activité agricole durable,
- des investissements dans le développement pour tous (santé, éducation, environnement…).
Les petits paysans des pays défavorisés ont ainsi les moyens réels de leur subsistance, sans aucune forme d’assistance ! Les importateurs et torréfacteurs s’engagent eux à redistribuer auprès de ces producteurs l’argent que le consommateur consent à verser en plus du prix habituel : le contrôle se fait aussi à ce niveau là.

Une coopérative de petits producteurs joue le rôle de « mairie parallèle ».
Exemple issu d’un article de Libération, Avril 2008.
Depuis le deuxième étage de sa maison, Evelio Aguirre peut observer les améliorations apportées à sa petite ferme depuis cinq ans. Des machines neuves, des poules, une truie ont complété l’exploitation de café, dont les rangs d’arbustes verts s’étendent sur un hectare et demi de paysage vallonné. « Nous devons beaucoup à l’association », reconnaît-il. Ce paysan de Riosucio, municipalité andine de l’ouest de la Colombie, fait partie des 1 680 petits caféiculteurs de la région unis au sein d’Asprocafé Ingrumá, dont la production est vendue à travers les réseaux du commerce équitable (Max Havelaar et l’Américain Equal Exchange notamment).
« Façon de penser ». Créée en 1992 par des membres de la communauté indienne locale, les Emberas Chamis, l’association a transformé la vie de nombreux producteurs. « Nous sommes devenus une petite mairie parallèle », explique sa secrétaire, Rocío Motato. Ingrumá a construit des routes, cofinancé la construction d’une école, apporté des déjeuners et du matériel scolaire aux enfants… Elle intègre jusqu’aux plus petits producteurs de la région, souvent d’ex-travailleurs agricoles qui ont obtenu un petit lopin de terre à force de louer leurs bras à la journée. Elle les aide à développer leur ferme grâce aux ressources de la « prime sociale » de 10 cents de dollars par livre, versée par les acheteurs, que les associés ont décidé de mettre en commun. « Nous avons changé jusqu’à notre façon de penser, affirme Edilma Arango, affiliée depuis huit ans. Nous avons redécouvert tout ce qui était à notre portée. » Elle, qui disposait avec son mari d’un demi-hectare pour élever sept enfants, a appris, grâce aux formations, à en exploiter le moindre mètre carré de façon durable. A côté du café, « la seule production dont la vente est assurée », des rangs de maïs et de bananes plantains contribuent à la « souveraineté alimentaire » défendue par l’association. Les déchets des plantes sont hachés pour nourrir les poules et la truie ou transformés en compost pour les précieux arbustes. Avant les cours de l’association, elle « je n’utilisais pas ces techniques ».
Microprêt. L’affiliation a ses contreparties : une « direction de contrôle social » sillonne les fermes pour vérifier que les membres appliquent les normes environnementales. « Ça a un coût, et nous devons trouver des solutions pour les plus modestes », explique son président, Omar Zapata. Par exemple, les eaux usées, domestiques ou issues du lavage de la cerise de café, ne peuvent plus être rejetées pour ne pas polluer les sources ; mais tous ne peuvent se payer les fosses sceptiques ou les cuves nécessaires au traitement. « Si le terrain le permet, on construit un fossé semé de plantes qui purifient les déchets. » Le sacrifice en vaut la peine, assure-t-il. Le commerce équitable protège les producteurs des périodes de crise par un prix minimum. Mais cette garantie perd de son intérêt quand les cours grimpent, comme actuellement : le prix plancher est de 1,2 dollar la livre (bientôt réévalué à 1,25), au-dessous du cours de 1,4 dollar (0,9 euro)… Les moins motivés, qui s’étaient affiliés en 2003, quand les bas prix poussaient à chercher une protection, ont « déserté », explique Evelio Aguirre. « Ils disent qu’ils peuvent se payer ce qu’Ingrumá leur apportait, sans les contraintes. »
La tentation d’abandonner fut encore plus forte chez ceux qui, dans l’association, avaient tenté de se mettre à l’agriculture biologique. Pour obtenir la certification, ceux-là doivent attendre trois ans pendant lesquels la production – sans engrais chimique – peut baisser de 30 %. Beaucoup ont dû abandonner. Edilma Arango est fière d’avoir tenu bon. Avec les 20 cents supplémentaires par livre qu’elle perçoit de la filière de commerce équitable, elle a réussi à payer le microprêt d’Ingrumá avec lequel elle avait construit une porcherie, et prévoit de nouvelles améliorations. « C’est surtout bon pour notre santé et notre vie. » Bon nombre de ses voisins ont été intoxiqués pour avoir étendu des pesticides sans précaution. Certains critiquent malgré tout la dépendance des producteurs – toute la production bio est vendue à un seul acheteur. Ingrumá a aussi senti le renforcement des normes du commerce équitable. Aujourd’hui, l’association doit débourser pour les inspections presque 20 millions de pesos (environ 7 150 euros) – elle a perçu l’an dernier 46 millions de pesos en primes. « Il ne faut pas être ingrat, tempère Rocío Motato. Nous sommes toujours gagnants. » Evelio Aguirre restera dans l’association malgré les aléas internationaux. « On ne deviendra pas riches grâce au café. Mais grâce à l’équitable, on survit mieux. »
Source : Libération. Avril 2008

Un exemple de décomposition du « prix juste »

Un producteur de bananes engagé dans la filière du commerce équitable est rémunéré en moyenne près de 3 fois plus que s’il vendait ses bananes sur le marché conventionnel. Pourtant, le consommateur en France ne paye qu’environ 10,5% de plus pour une banane équitable par rapport au prix d’une banane traditionnelle.

Comment  » civiliser  » la puissance du capitalisme ? Comment canaliser la dynamique de création de richesses dont il est porteur afin qu’elle profite à tous ? Dit plus simplement : comment mettre l’économie au service de la société ? La question n’est pas nouvelle. Mais les transformations du monde suscitent aujourd’hui de nouvelles réponses : finance solidaire, investissement socialement responsable, essor du reporting social et environnemental, autant de formes d’action qui, pour être encore balbutiantes, s’efforcent de retourner contre le capitalisme ses propres armes.
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Comment s’assurer que l’humanité tout entière bénéficie des moyens d’existence permettant de vivre dignement ? La question interpelle d’abord les gouvernements : c’est à eux de veiller au bien-être de leur population. Mais leur tâche est aujourd’hui compliquée par les règles de la mondialisation qui font du libre-échange le principe central des relations économiques et sociales entre les nations.
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