Enjeux

Les enjeux

500 kg d’émissions de CO2 par an et par habitant : c’est la quantité « idéale » de production de gaz à effet de serre pour conserver un taux acceptable de carbone dans l’atmosphère. Pour information, un français émet en moyenne trois à quatre fois plus et un américain jusqu’à dix fois plus.

360 kg : c’est la quantité de déchets ménagers jetés par an et par habitant en France. Ce poids augmente d’environ 1% chaque année.
11% : c’est la part des énergies renouvelables dans la production électrique française en 2007. Le nucléaire et les énergies fossiles représentant respectivement 78% et 11% de celle-ci. L’objectif fixé pour 2010 est d’atteindre 21% d’énergies renouvelables.

Population mondiale
* 6 milliards d’êtres humains aujourd’hui, environ 10 milliards vers 2050.
* Chaque jour dans le monde, près de 180 000 personnes viennent accroître la population urbaine.
* 20 % de la population mondiale consomme 80 % des ressources naturelles.
* 1, 5 milliard d’humains n’ont pas accès à l’eau potable. Ils seront 5 milliards en 2025.
* 840 millions de personnes dans le monde sont sous-alimentées.

Suite à la conférence de Rio, la plupart des Etats se sont engagés à élaborer une stratégie nationale de développement durable. Sa mise en œuvre sera complexe car elle devra faire face aux enjeux du développement durable. Ces enjeux seront aussi ceux qui pèseront sur la réussite du sommet de Johannesbourg, dont l’issue est nécessairement fragile. Car le développement durable impose des changements structurels en profondeur.

  • Il faut rééquilibrer les pouvoirs entre les priorités économiques et les impératifs sociaux et écologiques. Comment ? En intégrant des obligations de respect de l’environnement et des normes sociales dans le mécanisme des marchés financiers. Et en substituant aux spéculations boursières rapides des projets économiques viables et équitables à long terme. Remettre l’homme au cœur de l’économie est une priorité.
  • Il faut instaurer une nouvelle pratique des décisions gouvernementales. Les décisions politiques sont encore trop souvent calculées à court terme, pour répondre à des intérêts économiques particuliers sans tenir compte de l’impact à long terme pour l’ensemble de la population.
  • L’Etat n’est pas le seul responsable du développement durable. Il faut une implication de tous les groupes socio-économiques. La réalisation effective des objectifs du développement durable, ne peut aboutir que si l’ensemble des acteurs de la société agit en commun : les entreprises privées, publiques, les associations, les ONG, les syndicats et les citoyens.
  • Il faut rééquilibrer les forces économiques entre les pays du Sud et du Nord. Les pays en voie de développement sont trop endettés et freinés dans leurs échanges commerciaux pour consacrer l’énergie et les moyens suffisants à l’éducation, la santé et la protection de l’environnement. Il faut annuler la dette extérieure publique du Tiers-Monde, appliquer une taxe de type Tobin en affectant les recettes à des projets de développement durable, et enfin abandonner les politiques d’ajustement structurels.
  • Pour mettre en œuvre toutes les conventions et les accords multilatéraux sur l’environnement, il faut créer une institution internationale chargée de faire respecter les obligations souscrites par les Etats. À l’instar de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) qui gère les échanges commerciaux, il faudrait une Organisation Mondiale de l’Environnement pour gérer les problèmes écologiques.

A l’occasion de la Semaine du Développement Durable, Ethicity présente les résultats de l’étude annuelle « Les Français et la consommation durable », menée auprès de 4 500 Français afin de définir leurs attentes en matière de consommation durable.
Pour 30% des Français, consommer de manière responsable c’est consommer moins en général et pour 46% moins de produits superflus. Près de 70% des Français interrogés considèrent que la manière dont ils consomment peut avoir un impact plutôt positif sur l’environnement. 20% estiment qu’au travers leur choix d’achat, ils agissent au service de leur conviction. Ils sont 66% à déclarer faire des achats responsables, dont 20% qui disent le faire régulièrement.
Un mouvement de société que l’on voit émerger progressivement tout au long des études annuelles et que la situation économique actuelle révèle encore davantage.

Pour 90% des français, la crise représente une occasion de revoir nos modes de vie et de consommation !
Plus que jamais, il est important d’aider tous les acteurs à comprendre et identifier les leviers nécessaires au changement de comportement. L’étude 2009 permet ainsi d’identifier 4 leviers majeurs :
- Proposer des offres plus attractives aussi bien sur le prix que sur le contenu : 70% de la population considèrent que les produits et services de la consommation responsable ne sont globalement pas attractifs.
- Apporter plus d’informations (51% de la population ne sait toujours pas où acheter des produits ou services responsables), de clarté (notamment sur les labels) et de transparence, levier essentiel du déclenchement d’achat des Français qui doutent des promesses sociales ou écologiques des marques et des entreprises.
- Favoriser les produits locaux : pour près de 30% de la population, un produit permettant de consommer responsable doit être en priorité un produit fabriqué localement. Par ailleurs, l’origine des matières premières et le lieu de fabrication sont au coeur des attentes d’informations sur les étiquettes (65,4% des réponses). Ces affirmations traduisent un besoin de proximité et de recentrage sur son environnement immédiat.
- Développer de nouveaux modes d’échange et passer de l’approche produit à l’approche service : 28,5 % des femmes se disent prêtes à échanger un produit pour un autre en matière de mode et d’habillement, 40% des 25 – 34 ans prêts à acheter et utiliser à plusieurs des outils de bricolage et de jardinage…
En parallèle, les attentes des Français restent fortes vis à vis de tous les acteurs de la société, politiques et entreprises, dont ils attendent des incitations à agir et un accompagnement.

Coté politiques : si les ¾ des personnes interrogées considèrent que les politiques et collectivités ne prennent pas suffisamment en compte les enjeux environnementaux, elles sont près de 40% à estimer que le Grenelle de l’Environnement est efficace. Les exigences restent fortes pour aller plus loin.
Coté entreprises : la chute de confiance dans les grandes entreprises se poursuit (- 11points depuis 2006 à 37%) et l’exigence de responsabilité vis-à-vis des salariés s’accentue depuis 2006 (« La santé et la sécurité de ses salariés » 1er critère de responsabilité de l’entreprise. + 10 points à 38%).

En conclusion, l’étude Ethicity sur les attentes des Français en matière de consommation durable montre cette année un mouvement de recentrage sur l’essentiel (ce qui est important pour soi et son entourage).

Enquête terrain réalisée par TNS MédiaIntelligence. Ré-interrogation d’un échantillon de 6000 individus âgés de 15 à 70 ans en auto administré par voie postale (retour 4500 individus) en mars 2009. Utilisation de l’échantillon SIMM 2008 pour Access Panel.

A l’occasion de la semaine du développement durable, le Ministère de l’écologie et du développement durable en partenariat avec l’ADEME édite un guide grand public de 24 pages qui explique les 8 enjeux face auxquels nous devons agir de façon collective mais aussi individuelle au quotidien et donne des clés pour y parvenir. Vivons ensemble autrement ! Télécharger

Limites et dérives du concept

Comme tous les concepts, le développement durable trouve aussi ses limites. En effet, la société capitaliste, dans laquelle nous sommes, a su redistribuer les dividendes de la production à l’économie (sous la forme de ré-investissements) et au social (hausse du revenu des salariés) pendant toute son existence. La balance entre ces deux pôles s’est réalisée au gré de l’évolution économique, des équilibres économiques et des convictions politiques des dirigeants. Mais comment prendre en compte l’environnement dans cette balance ?

  1. Le risque le plus important est que le label « développement durable » soit récupéré pour appuyer de plus en plus de politiques ou d’actes n’ayant aucun rapport avec la notion même, ou s’y rattachant d’une façon très superficielle. Par exemple, la dématérialisation ne supprime pas la consommation de papier et n’améliore pas la qualité environnementale des produits, le « tourisme durable », application au tourisme du concept de développement durable, a tendance à être un tourisme d’élite qui, au nom du respect de l’environnement, dresse une barrière sociale en augmentant le tarif des séjours afin de « préserver l’environnement », oubliant le volet social.
  2. Le deuxième risque est que le concept de développement durable dérive vers une vision malthusienne de notre société. Pourquoi les pays riches, maintenant développés, imposeraient-ils aux pays en développement une vision limitative de leur développement ? Le concept est bon, ses objectifs louables, mais il sert peut-être à justifier une politique protectionniste de certains pays craignant une trop grande concurrence. En pratique, les pays développés ne se privent pas de commercer avec la Chine, malgré les risques de dérive de l’empreinte écologique de celle-ci.
  3. Un troisième risque est celui d’une communication mal équilibrée. Soit la communication ne serait pas suivie d’actions, dans le domaine de l’innovation par exemple, et l’entreprise se fragiliserait par rapport à ses concurrents plus innovants. Soit au contraire la communication dévoilerait trop d’informations confidentielles. Dans les deux cas, la cohérence de l’organisation et la compétitivité de l’entreprise en pâtiraient dans le contexte de la révolution internet.
  4. Un quatrième risque est celui d’une dérive vers des modèles de durabilité faible, c’est-à-dire admettant la substitution du capital naturel par un capital de connaissances. Ce modèle est souvent celui des organismes américains en particulier, surtout au niveau fédéral ou de leurs ramifications mondiales. Ce risque se traduit par la constitution de réseaux d’innovation pilotés en dehors de l’Europe qui risqueraient de déstabiliser les institutions européennes et les États de l’Union européenne (recherche, universités, …).
  5. Un cinquième risque, plus pernicieux encore, est souligné par le philosophe André Comte-Sponville. Celui-ci craint que l’éthique d’entreprise criée haut et fort dans les colloques, au nom de l’intérêt (en fait de l’entreprise) ne masque en réalité le manque d’une morale plus large. En pratique, la fluidité des flux d’informations et financiers de la mondialisation aboutit à une multiplication des investissements étrangers non contrôlés. Cela peut court-circuiter les actions coordonnées européennes, dans le domaine politique et juridique en particulier, du fait de biais culturels et de rigidités administratives des États. Comte-Sponville en conclut à la nécessité d’une morale dépassant le cadre de l’entreprise (les quatre ordres). Une réorganisation du droit paraît en outre nécessaire.
  6. Un sixième risque vient de l’accaparement, par les puissances qui maîtrisent les technologies de l’information, des procédures de normalisation et de régulation internationales. De ce fait, les plus riches risquent d’imposer un modèle qui aboutit de fait à une répartition encore plus injuste des savoirs, et par conséquent des ressources naturelles. Les logiciels dits open source et les sociétés ou organisations favorisant leur mise en œuvre (dont les SSLL), peuvent peut-être contribuer à réduire ce risque.
  7. Un septième risque est que les critères d’évaluation soient mal équilibrés et croisés entre l’environnement, le social, et l’économique, ou bien la mise en œuvre de modèles globaux biaisés (retour à des utopies ou certaines formes d’idéologies, …). Par exemple, le biais environnemental peut masquer d’autres carences.
  8. Un huitième risque est que les analystes financiers chargés d’évaluer les rapports de développement durable des entreprises ne disposent pas de la formation nécessaire sur les concepts de développement durable, et qu’ils ne disposent pas des outils d’analyse adaptés.
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Critiques
Le terme de « développement durable » est critiqué pour le flou qui l’entoure. Luc Ferry écrit ainsi : « Je sais que l’expression est de rigueur, mais je la trouve si absurde, ou plutôt si floue qu’elle ne dit rien de déterminé. » Et Luc Ferry d’ajouter que le terme est en fait l’évidence, en raisonnant par l’absurde : « qui voudrait plaider pour un « développement intenable » ! Évidemment personne ! [..] L’expression chante plus qu’elle ne parle.».

Enfin, la définition classique du développement durable issue de la commission Brundtland (1987) peut apparaître à certains dépassée. En effet, il ne s’agit aujourd’hui plus de viser, comme il y a une vingtaine d’années, la satisfaction des besoins lointains de générations futures. C’est la satisfaction actuelle des besoins qui est maintenant compromise par les crises environnementales et sociales que connaît le XXIe siècle. Il ne s’agit plus d’anticiper les problèmes mais de les résoudre. Le développement durable pourrait alors laisser place à la notion de « développement désirable » qui regroupe l’ensemble des solutions économiquement viables aux problèmes environnementaux et sociaux que connaît la planète. Ce nouveau mode de développement, facteur de croissance économique et d’emplois, serait une véritable « économie verte », basée sur l’économie sociale et solidaire, l’éco-conception, le biodégradable, le bio, la dématérialisation, le réemploi-réparation-recyclage, les énergies renouvelables, le commerce équitable, la relocalisation…

Le concept rencontre des critiques à plusieurs niveaux. Ainsi, John Baden considère que la notion de développement durable est dangereuse car débouchant sur des mesures aux effets inconnus et potentiellement néfastes. Il écrit ainsi : « en économie comme en écologie, c’est l’interdépendance qui règne. Les actions isolées sont impossibles. Une politique insuffisamment réfléchie entraînera une multiplicité d’effets pervers et indésirables, tant au plan de l’écologie qu’au plan strictement économique. ». À l’opposé de cette notion, il défend l’efficacité de la propriété privée pour inciter les producteurs et les consommateurs à économiser les ressources. Selon Baden, «l’amélioration de la qualité de l’environnement dépend de l’économie de marché et de la présence de droits de propriété légitimes et garantis ». Elle permet de maintenir l’exercice effectif de la responsabilité individuelle et de développer les mécanismes d’incitation à la protection de l’environnement. L’État peut dans ce contexte «créer un cadre qui encourage les individus à mieux préserver l’environnement», en facilitant la création de fondations dédiées à la protection de l’environnement.

Le développement durable est également critiqué en ce qu’il peut n’être qu’un outil des pays du Nord contre les pays en développement : La géographe et spécialiste du Tiers-Monde Sylvie Brunel estime que les idées de développement durable peuvent servir comme paravent aux idées protectionnistes des pays du Nord pour empêcher le développement par le commerce des pays du Sud. Pour Sylvie Brunel, le développement durable « légitime un certain nombre de barrières à l’entrée ». En offrant ainsi un prétexte au protectionnisme des pays développés, « le sentiment que donne le développement durable, c’est qu’il sert parfaitement le capitalisme ».

Certains auteurs dénoncent une dimension religieuse ou irrationnelle du développement durable. Sylvie Brunel parle ainsi de « technique de marketing digne des grands prédicateurs » et souligne ainsi dans une conférence Naissance d’une religion : le développement durable, que « le développement durable est le produit de la dernière mondialisation et de toutes les peurs qu’elle peut entraîner. ». Pour Claude Allègre, il s’agit d’une religion de la nature, qui a oublié que la préoccupation essentielle devait être l’homme. Il est en partie critiqué des associations écologistes qui voudraient faire passer l’homme au second plan : « La moulinette écologique a, hélas, amplifié le mot « durable » et effacé le mot « développement » au fil des années. Nous revendiquons ici le respect de cette exigence dans son intégralité. Ce n’est pas parce qu’on défend la nature qu’on peut laisser de côté la culture. »

D’autres penseurs soulignent encore les menaces potentielles que les idées au fondement du développement durable peuvent représenter pour les libertés individuelles Le philosophe Luc Ferry voit par exemple dans les idées de Hans Jonas des idées potentiellement totalitaires et souligne les risques du développement durable à cet égard. Cette crainte est également partagée par nombre de libéraux : « L’environnement peut être le prétexte à une nouvelle augmentation du pouvoir et à des dérives dangereuses de la part des personnes les plus assoiffées de puissance. Même les personnes les mieux intentionnées ne sauraient très probablement pas gérer les pouvoirs immenses dont certains écologistes voudraient voir dotés les gardiens l’écologiquement correct. »

Enfin, les tenants de la décroissance considèrent que le terme de développement durable est un oxymore puisque les ressources naturelles sont finies et non infinies.
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