Dérives

Derives

Certains s’interrogent aujourd’hui sur la validité et l’éthique des produits étiquetés commerce équitable. Le commerce équitable est-il une idée généreuse rattrapée par le marketing ou un projet porteur d’un véritable choix de société ?

Quelques éléments de réponse avec la parole aux pros et aux antis.
Mais surtout la parole à ceux qui mettent clairement en évidence les dérives possibles et melheureusement fréquentes d’une idée généreuse au départ.

Rappelons succinctement la définition du commerce équitable : partenariat commercial fondé sur le dialogue, la transparence et le respect, dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. Il contribue au développement durable en offrant de meilleures conditions commerciales et en garantissant les droits des producteurs et des travailleurs marginalisés, tout particulièrement au Sud de la planète. Les tenants du commerce équitable font la promotion de la démocratie, de la transparence et du respect des droits de l’homme, autour d’objectifs définis par les producteurs, dont des prix de production déterminés non seulement par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux.

Selon ses défenseurs, le produit du commerce équitable ne devrait pas nécessairement être plus cher qu’un produit conventionnel. Seule la répartition des coûts et des bénéfices change. Le surcoût payé aux producteurs serait compensé par le moindre coût payé aux intermédiaires. En réalité, on constate généralement un prix un peu plus élevé, dépendant principalement des volumes distribués. On demande au consommateur de faire un choix éthique en acceptant de payer ce surcoût. Le consommateur est ainsi invité à assumer la responsabilité d’un meilleur équilibre des rapports Nord-Sud et, dans certains cas, d’une action en faveur de l’environnement, comme ce peut être le cas pour l’agriculture biologique. Cette forme alternative de commerce bénéficie ainsi à plus de 1,5 million de producteurs et d’artisans, qui font vivre plus de 5 millions de personnes, dans plus de 50 pays à travers le monde. Le concept est magnifique mais la réalité est elle aussi belle que cette définition voudrait nous le faire croire ?

Le « commerce équitable » et FLO, contribuerait à masquer un problème : la réduction de la part de l’agriculture vivrière au profit des cultures d’exportation, ce qui rend dépendant des achats du Nord des populations qui pourraient développer leur souveraineté alimentaire indépendamment des habitudes de consommation des pays dits « riches ». De là l’importance de consommer des produits locaux. C’est notamment le point de vue de Réseau en France, qui défend une approche filière du commerce équitable et ne se reconnait pas dans la définition de FINE du « Commerce Equitable ».

Le point de vue du libéralisme économique est que le commerce libre est par définition équitable : s’il n’y a pas contrainte et que le vendeur vend, c’est qu’il y a intérêt. De même pour l’acheteur. Le commerce cesse cependant d’être équitable à partir du moment où des contrôles ou des barrières (droits de douane, quotas, etc.) sont mis en place, car ceux-ci ont toujours pour effet une augmentation de prix de vente aux consommateurs et/ou une baisse des achats aux producteurs. D’autres comme l’Adam Smith Institute ou le Cato Institute souligne qu’en augmentant les prix des produits « équitables », le commerce équitable incite de nouveaux producteurs à entrer sur le marché. Dès lors, cela augmente la production et fera baisser le cours des produits non équitables, au détriment des petits paysans qui ne produisent pas « équitable » et de l’environnement. Pour ces critiques, en ayant le même effet qu’une subvention sur des produits au cours bas, le commerce équitable ne fait qu’exacerber le problème en augmentant la production et en encourageant la poursuite d’activités non viables au détriment de productions réellement utiles.

Nous allons tenter ci dessous de mettre en évidence les critiques les plus importantes et les dérives les plus évidentes du commerce équitable.

Critiques.

Christian Jacquiau dans son livre « Les Coulisses du commerce équitable », doute de la bonne foi de certains labels du  commerce équitable en arguant de la réalité des prix, bien en-deçà de l’équivalence escomptée, laissant supposer que ces nouveaux intermédiaires prélèvent autant que les autres qu’ils décrient et qu’ils cherchent à concurrencer. Il déclare également que le  commerce équitable n’est qu’un argument de vente comme un autre  et qu’il constitue une niche commerciale supplémentaire qui permet de différencier un produit d’un autre aux yeux du consommateur final. Lire l’article. et un entretien accordé à la revue « Arrêt aux pages ».

Ce même Christian Jacquau dénonce les ambiguïtés du commerce équitable de Max Havelaar, leader mondial du commerce équitable, qui prétend répondre à une demande de consommation « différente » placée sous le signe de la solidarité entre consommateurs du Nord et petits producteurs du Sud. Toutefois, l’entreprise semble effectuer un tournant « pragmatique » en se liant à de grands groupes très éloignés de ses préoccupations d’origine. Il n’est pas certain que les producteurs et les citoyens s’y retrouvent. Lire l’article.
Dans la même lignée, Olivier Piot s’élève contre la façon dont Paris brade le coton subsaharien.

Depuis longtemps, les paysans du Sud, notamment africains, combattent les injustices du marché mondial du coton. En 2007, la bataille s’enrichit d’un nouvel épisode avec la discrète privatisation – pour ne pas dire le bradage – de Dagris. Parrainant des filières de production intégrées, ce holding agroalimentaire français avait au moins l’avantage de garantir des prix aux petits agriculteurs. Le démantèlement de ce système, sous la pression des institutions financières internationales, les fragilise dangereusement. Par ailleurs, quel que soit son propriétaire, le holding demeure l’un des géants de l’influence française en Afrique. Derrière cette crise se profile, comme toujours, la question des rapports Nord-Sud. Souhaitant les modifier, un public d’« alterconsommateurs » attend beaucoup du « commerce équitable ». Mais même ce dernier est parfois, lui aussi, marqué du sceau de l’ambiguïté . Lire l’article.

Quand le commerce équitable devient un argument marketing

Jusqu’ici, les géants de l’agroalimentaire regardaient d’un œil sceptique, voire arrogant, les acteurs du commerce équitable qui s’inscrivaient dans une démarche de développement durable. Mais force est de constater que le label fait vendre et les multinationales commencent a comprendre que le consommateur moyen s’y intéresse de plus en plus. Le commerce équitable n’est plus un concept vaseux pour les écoles altermondialistes. Les multinationales en prennent donc acte avec plus ou moins de sens certaines vendent du « commerce équitable allégé », d’autres jouent complètement le jeu. Mais toutes y viennent. Car il ne lui a pas échappé que les bons sentiments a la différence d’une bonne campagne de pub, ne coûtent rien…Lire l’article.

Le « commerce équitable » et FLO, contribuerait à masquer un problème : la réduction de la part de l’agriculture vivrière au profit des cultures d’exportation, ce qui rend dépendant des achats du Nord des populations qui pourraient développer leur souveraineté alimentaire indépendamment des habitudes de consommation des pays dits « riches ». De là l’importance de consommer des produits locaux. C’est notamment le point de vue de Réseau Minga en France, qui défend une approche filière du commerce équitable et ne se reconnait pas dans la définition de FINE du « Commerce Equitable ». Lire l’article.

En 2001, quatre pays sahéliens parmi les plus pauvres de la planète – le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad – déposaient une plainte à l’OMC contre les subventions massives dont bénéficient les producteurs de coton du Nord. Fruit de trois ans de travail entre producteurs, industriels, ONG et Etats africains, cette initiative concertée allait participer à l’échec de la conférence ministérielle de l’OMC à Cancùn en septembre 2003. Depuis, les producteurs africains, soutenus par les ONG Oxfam (1) et Enda Tiers Monde (2), n’ont cessé de mener la bataille. Au lendemain de la conférence ministérielle de Hongkong de décembre 2005, il paraît intéressant de revenir sur l’analyse et l’argumentaire des promoteurs de cette initiative, mais aussi sur les enjeux de la négociation et sur les résultats obtenus. Lire l’article.

Objections.

Dans un article assez virulent, Bruno Clémentin et Vincent Cheynet développent un contre argumentaire à ce commerce dit  » équitable « .

La capacité à accepter la critique, à recevoir la contradiction, à engager un débat, sont le gage d’une démarche évolutive…Lire l’article.